Espace Littéraire

Mes poèmes

Poèsie

Humilité des soirs

Ça commence au son d'une guitare
Tout commence ainsi toujours
Une guitare que l’on gratte
Au couchant d’un soir en été
Quelque chose est charnel et sucré dans le ciel
Quelque chose est orange et turquoise

Il n’y a pas de mots
On ne parle jamais quand le ciel se défait

Les femmes ramènent leurs cheveux
C’est un geste On n’y pense pas
C’est un geste On n’y pense pas

On peut boire ou fumer
Doucement
L’alcool a ses douceurs
Quand le ciel se défunt

En écoutant des fois
Des oiseaux qui décrient
Pour garder l’horizon dans la mire du temps
On se surprend aveugle

Il n’empêche qu’on peut
On peut se regarder
Quand le ciel se destin

Le don de l'éphémère

Nous qui fûmes si doux
On nous disait d’azur
A peine si parfois
S’endéchiraient nos cœurs
Nous qui fûmes brûlants
On nous disait de braise
Inépuisés volcans d’un pays sans exil

Mais tant va l’eau dans la cruche
Un peu beaucoup et trop pour que
Ne déborde le vase

Nos vies C’est drôle nos vies
C’est comme du coton qu’on effiloche
Des peluches d’enfant qu’on a mâchées longtemps
Ou bien du vent juste du vent
Léger léger On dirait bien que ce n’est rien Nos vies
Pourtant la poussière à la poussière s’unit
Et ça finit par se savoir et se bâtir
Et les châteaux des fois
Ne sont ce qu’ils devraient

Cent fois la fourmi roule et pousse devant elle
Le morceau de sucre roux qu’elle trouva le matin
Cent fois c’est en vain mais qu’importe
Le but était l’effort et non la réussite

Va t’en savoir ce qu’il restera de Noël
Et des jours de plaisir
Les eaux de la mémoire cascadent si souvent
On dirait que d’écume les souvenirs se parent
Et c’est souvent la blessure
Dont se fige l’image

Plus tard Plus tard seulement
L’araignée de durer déroulera sa toile
Et c’est tout un art

Les cicatrices du froid

Nous eûmes des hivers
Comme on a mal au cœur
Des façons de samba
Pour en rêver debout
Et comme argile en mains
Des nostalgies amères

Combien donc voulez-vous
Qu’il nous reste d’aurores

Parfois pourtant je sais
L’odeur des lilas sans qu’il pleuve
C’est que s’est posée sur ma peau
La main de l’amante
Ou le baiser de l’ami

Nous eûmes des hivers
A ne savoir qu’en faire
Et puis des peurs aussi
Mais c’est de bonne guerre

Nos âges se souvenaient de nous
Comme s’il était question
De patienter un temps
On croirait ainsi des fois
Que dans l’âtre le feu précéda l’étincelle
Ou bien la lune est déjà blanche
Que le jour n’a pas encore
Décidé de mourir

Nous eûmes des hivers
On ne saurait le dire
De grands flandrins d’hivers
Bleus comme on se pend
Et blancs comme on s’oublie

J’en ai parfois encore
Des frissons de rechutes
Des accès de froidures
Car le temps seul guérit la terre où vécut l’ouragan

Et s’il nous fallait croire
Au courage des corbeaux
C’est que vivre est un diamant
Que l’on taille sans fin
Va-t-en savoir si le défaut
N’en est pas quelquefois la plus belle facette

La magie du vouloir

Ce qu’il faut de forêt
Pour l’espoir d’un seul chêne
Tout ce qu’il faut d’azur
Pour attendre l’oiseau
Et ce qu’on cherche en chemin à mesure qu’on marche

Ce n’est pas comprendre
Non Ce n’est pas comprendre
On se comprend si peu
Et si souvent trop tard
C’est seulement vouloir

Lorsqu’il faudrait unir
L’envie du combattant
La prudence du loup
Et la peur des glaïeuls

Et que nous sommes là
Voyageurs immobiles
Incompétents muets
Sans justement savoir
Ce qu’il faut de forêt
Ou ce qu’il faut d’azur

Vouloir
Comme on se retourne
Et qu’il est déjà tard
L’heure avancée du feu dans les cheminées tristes
Vouloir toucher du sable et manquer la marée
L’heure enfin de coucher
Le grand corps de nos rêves
Et ce brouillon de cœur qui palpite d’amour

Vouloir c’est l’univers infiniment ouvert
A tous vents toutes envies
Toutes façons de faire

Vouloir c’est le désert d’où renaît l’orchidée

Croire au crépuscule

Comme un débris de brume
Encore en un ciel bleu
Juste un cil de la nuit s’en vient toucher un peu
Les paupières du jour

Une frange de cheveux noirs qui balaye un front blanc
Puis le regard se lève
Le soleil se déhanche
Et tous les oiseaux crient

Ça vous fait dans l’azur
Des déchets de dentelle sur des chairs déchirées
Et comme un coup de gomme où passait le pastel

Et puis la pluie
Une petite pluie capricieuse et futile
Enlarme l’étendue et soulage le vent

Vous savez vous aussi
Aux heures d’amertume
Ce qu’il faut d’infini
Pour croire au crépuscule

S’apaiser d’un sourire

Un espoir
Un tout petit espoir de mai
Comme un muguet

C’est le printemps qui prend ses aises et qui s’allonge nu
Sur la grève des jours
L’air vous a des parfums de chaleur
Dont frémit sa narine
Et sa main caresse l’eau
Comme on touche un visage

Ça fait du bien Ça rafraîchit
Tu sais l’eau qu’on puise à la main
Dans le torrent en montagne
Après qu’on ait marché des heures
Ou bien le fruit brûlant d’été
Dont se déchire la chair
Sous la lèvre et la dent

Ce n’est rien Je te l’accorde
Ce n’est rien
Pas même l’oiseau Pas même le duvet
Mais à peine la plume
Abandonnée

C’est le battement du pouls
Au poignet de l’enfant
Et qui dit la vie Dit la vie Dit la vie

Mais il faut savoir des fois
S’apaiser d’un sourire
Et n’en vouloir rien de plus

Blanc et gris

Il règne autour de nous
Je ne sais quoi de gris
Comme un brouillard d’Utrillo
La neige d’un Goya
De ces bribes qui gênent
Le regard et l’esprit

On danse On se déhanche On meurt
Dans le même roulis Sur le même tempo
Défigurés d’orgueil et bouffis de remords
Tant et si bien que le corps
A mesure devient la ronde qu’il dansait

Vous savez bien ces flocons d’enfance
Qui mettent toute une vie pour tapisser nos pensées
Le flocon d’être beau
Le flocon d’être aimé
Dans l’air ils sont vivants
Tout frémissants d’envie
Sur le sol on les oublie

Et l’on n’aura vécu
Du tout premier baiser à la dernière des larmes
Que pour voir disparaître
Des petits bouts de gris
Dans un grand lit de blanc

Pendant ce temps les éclipses
Ont des prénoms de femmes

Sans elles

Je suis seul à présent Je suis seul Tu vois bien
Comme d’avoir perdu je ne sais à quel jeu
De hasard ou de mots D’adresse ou bien de dupes
Seul Et ça ne me fait vraiment ni froid ni froid

Pourtant tu te souviens comme je fus cristal
Papier de soie qu’on froisse à la pulpe des doigts
Feuille au vent déjà L’automne encore loin
Pourtant tu te souviens comme je fus de paille

Ma main Rien que ma main se faisait tremblement
Quand ta main la quittait Ne fut-ce qu’un instant
Pourtant tu t’en souviens je me faisais frisson
De voir venir la nuit sans prononcer ton nom

Je suis seul aujourd’hui comme on est rassuré
Mon cœur n’est à personne et ma vie m’appartient
Le si chétif oiseau d’être encore vivant
Le tout petit moineau picorant du présent

Je m’endors chaque soir dans un lit solitaire
Pas un prénom de femme au théâtre des rêves
Et quand vient le matin lorsque je me réveille
Le miroir seulement me donne le bonjour

A peine s’il m’arrive Et ce n’est pas souvent
D’écraser sous le doigt comme un début de larme
L’embryon d’un regret Le spectre d’une peine
Je n’ai plus à pleurer ce qui n’est que passé

Me restent mes amis Me restent mes enfants
A peine une famille On s’en passe très bien
Et je vais partout seul accompagné par moi
Voyageant librement jusqu’à l’Afrique d’Etre

Et je laisse glisser sur moi l’eau du temps
Comme un torrent glacé quand on est en montagne
Et qu’il a fait trop chaud Et qu’on a trop marché
Le lourd flux bienfaisant qui vous mâche la chair

Je me sens plus léger plus posé plus entier
Je n’ai plus d’elles mais je peux toujours voler
Comme si désormais dans mon désert secret
L’amour ne disait rien mais que je parle enfin